ANNOUNCEMENT Festival des Cinémas Différents de Paris

Today, with the opening of our International selection we take the opportunity to announce that a film from our competitive program will not be screened after all during the festival, despite all our long and rigorous selection work.

This complete removal of a film from our program is the result of pressure by another festival, first to the filmmakers and subsequently to us to withdraw a film from our selection for the sole reason that this festival likes to have one more international Premiere (i.e the first public screening of a film outside its production country). The festival in question, and festivals that operate with such methods will recognize themselves in this announcement, as well as all the filmmakers who are letting this happen without taking position against all this.

While removing a film because of another festival is a common occurence during the selection stages, this is the first time this has happened to us after the selection was made, after our program was printed in our catalog, after it was announced in our newsletter, after the film was published on our website, in Italian, English, Spanish and Arabic versions that we took the time to translate. All this, three weeks before the planned screening of the film.

We first proposed to remove the film from our online screenings and to leave its online premiere to the other festival, proposing that we screen it in our theater, in Paris, for only one time, in order to keep our program intact and equal to the one announced in our catalog.

This was also refused to us, all for a Premiere. So, what was their intention, if it was not to get the « online » Premiere where theoretically most of their professional audience would access it in this year of limited travels? To also claim the « theatrical » Premiere? How is it still possible to think about theatrical Premiere in the midst of the Covid-19 crisis when no one is travelling, when only local audiences go to the theater and even then in limited numbers? And all that for a short experimental film, not some hollywood fiction.

It's not really our problem if this kind of Premiere-oriented festivals settle their scores with each other by the amount of boxes with the word « Premiere » they can tick. But that they try to impose their economical system to smaller festivals, whose programmers usually work on a voluntary basis, with a reduced budget, it became difficult for us not to react. It's pure and simple domination of one festival over another. While we are doing almost the same work and could have respect for each other, some festivals decide to completely deny all the work done by another festival. We have neither a film market nor a budget to invite foreign programmers, we do not interfere in any way with these Premiere-oriented festivals and we do not consider ourselves a threat for their practices.

Festivals that ask filmmakers for a Premiere is one thing, and it’s another thing to demand and to force another festival to take out a film from their published catalogue, just because of one more Premiere. We never did and will never impose a Premiere requirement to any selected filmmaker in our festival. Exactly because we do not demand it we are twice as happy if a filmmaker decides to offer us their film Premiere, as we also like to show new films. And when we indicate them as Premieres in our catalogue, it is more so out of respect to filmmakers for their choice. But this is not a criteria selection for us and will never be. If in this particular case it was the other way around, if this festival was taking place one month before our festival, we would still have screened this film.

To conclude : if all festivals measured their worth by the amount of Premieres they show and not the essence of their programs, then new films would end up shown only once, regardless how great they are. This attitude is limiting their potential audience instead of expanding it. We are tired of this system, we want to show films and see them, together, to think about what cinema can make at the moment and in the future. The demands for Premieres are creating, even in the experimental cinema field, career driven filmmakers who think first and foremost about showing their films in a particular festival before they even want to show it to any audience. We fear somehow for the experimental film culture that we defend, we are afraid that Premieres and careers are becoming a common thinking amongst so-called independant filmmakers. Some of them are aware of all this and still prefer to come to our festival instead of playing this game : we are glad for this, and it gives us hope.

We therefore invite all those interested in this issue to discuss it together, with us and/or with others, so that this system can be criticized, debated, transformed. On that note, we wish you a very nice festival, with one less film less, but we hope you will enjoy the programming and the presentation of the films.

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Ce premier jour de l’ouverture de notre sélection internationale nous donne l’opportunité de vous annoncer qu’un film de notre programme compétitif ne pourra finalement pas être projeté durant le festival, malgré le long et rigoureux travail de sélection que nous avons fourni collectivement.

La cause de cette suppression est due à la pression exercée par un autre festival sur des cinéastes et, par conséquent, sur nous, pour la simple raison que ce festival souhaite avoir l'exclusivité de l’œuvre pour une "première Internationale" (cette mention indiquant la première projection publique d’un film en dehors de son pays de production). Le festival en question, et les autres festivals usant des mêmes méthodes, se reconnaîtront au sein de cette annonce, tout comme les cinéastes qui sont complices et s’accommodent de ce système.

Si cela arrive fréquemment durant la phase de sélection, c’est la première fois que cela nous arrive après que la sélection ait été faite, après que notre programme ait été imprimé dans notre catalogue, après que la sélection ait été annoncée via newsletter, après que le film ait été affiché sur notre site web, dans des versions en italien, anglais, espagnol et arabe que nous avons pris la peine de traduire. Tout cela, trois semaines avant la projection prévue du film.

Nous avons en premier lieu proposé de ne pas diffuser le film dans nos séances « online », et de laisser à ce festival la Première sur internet, mais de maintenir la projection en salle comme prévu et annoncé.

Cela nous a été refusé. Tout cela pour une « Première ». Quelle était donc leur intention derrière cette Première, si ce n’est de pouvoir diffuser pour la première fois le film sur Internet, alors que cette année c’est la méthode de diffusion qui permet au plus grand nombre de spectateur.ice.s et professionnel.le.s de visionner les films ? Voulaient-ils aussi revendiquer une Première « physique » ? Comment est-ce possible de penser encore à ce type de Première alors que nous sommes en pleine crise sanitaire, que personne ne voyage, et que le public est presque exclusivement local, en nombre réduit ? Tout cela pour un court-métrage expérimental, pas même pour un long-métrage de fiction.

Que des festivals à "Premières" règlent leurs comptes entre eux en comparant le nombre de Premières qu’ils ont chacun coché, ce n’est pas notre problème. Mais qu’ils mêlent des festivals de taille réduite, dont les sélectionneur.se.s travaillent le plus souvent bénévolement, avec un budget minime, il nous devenait plus difficile de ne pas réagir. C’est de la domination pure et simple d’un festival sur un autre. Alors que nous faisons pratiquement le même travail et que nous pourrions avoir du respect les un.e.s envers les autres, certain.e.s décident de nier totalement tout le travail effectué par un autre festival. Nous n’avons ni marché du film ni budget pour inviter des programmateur.ice.s étranger.e.s, nous n’interférons en rien avec la réputation des festivals à "Premières", et nous ne menaçons pas leurs pratiques.

C’est une chose que des festivals demandent aux cinéastes une Première ; c’en est une autre qu’ils forcent un autre festival de retirer un film de son catalogue déjà imprimé. Nous n’avons jamais et n’imposerons jamais une Première à n’importe quel.le cinéaste sélectionné.e. C’est pourquoi, si nous ne demandons pas de Première, nous sommes néanmoins toujours ravi.e.s si un.e cinéaste décide de nous donner la Première d’un film, puisque nous aimons aussi montrer de nouveaux films. Si nous les indiquons dans notre catalogue, c’est plus par respect envers les cinéastes qu’autre chose. Ce n’est pas un critère de sélection et ça ne le sera jamais. Si, dans notre cas précis, le festival en question se déroulait un mois avant le nôtre, nous aurions bien entendu projeté le film.

Si tous les festivals se donnaient de l’importance non pas par la qualité de leurs programmes mais par le nombre de Premières qu’ils avaient, les nouveaux films ne seraient montrés qu’une seule fois, indépendamment de leurs qualités. En suivant ce principe, on limite le public potentiel au lieu de l’étendre. Nous sommes fatigué.e.s de ce système, nous voulons simplement montrer des films, et les voir, ensemble, réfléchir à ce que peut le cinéma en ce moment et ultérieurement. Les critères de Premières créent, y compris dans le cinéma expérimental, des cinéastes carriéristes qui pensent avant tout à montrer leurs films dans un festival précis avant même de vouloir le montrer à un public, quel qu’il soit. Nous nous soucions de la culture du cinéma expérimental que nous défendons, et nous redoutons que les Premières et les carrières deviennent une pensée instituée parmi les cinéastes expérimentaux indépendant.e.s. Certain.e.s d’entre eux.elles sont au courant de tout cela et préfèrent venir à notre festival plutôt que d’intégrer le système : nous en sommes très contents, et cela nous donne de l’espoir.

Nous invitons donc toutes les personnes intéressées par ce problème à en discuter ensemble, avec nous et/ou avec d’autres, afin que ce système soit critiqué, débattu, transformé. Sur ce, nous vous souhaitons un très beau festival, certes amputé d’un film, mais dont nous espérons que vous apprécierez la programmation et la présentation des films.